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LE CYGNE
Les différents endroits que fréquente Nicolas le colporteur sont souvent semés d’embûches même si celui-ci les connait et s’efforce de les éviter. Son expérience de routard l’amène à prendre des précautions qui lui semblent élémentaires.
Mais rien n’est jamais acquis et les habitudes de prudence peuvent parfois être oubliées. Il faut en permanence écouter, regarder la nature. Les pièges, les dangers arrivent vite et sans prévenir. Que ce soit par les arbres, le terrain, les animaux et aussi parfois par l’humain, chaque voyage demande de l’attention. C’est pour cela que Nicolas prend toujours un bâton qu’il ferre à son extrémité.
Bien sûr tous les animaux dits sauvages ne sont pas agressifs. Certains sont même craintifs. D’autres ne sortent de leurs espaces que la nuit. Il n’est pas rare de voir un lièvre s’enfuir à travers la prairie, ou un faisan s’envoler au moindre bruit.
A l’orée des bois une famille de cervidés peut être vue mais celle-ci partira si vous allez vers elle. Plus rare une harde de sangliers peut s’énerver brusquement, principalement pour la protection des marcassins. Dangereux cet animal puissant vous charge et vous devez vous enfuir rapidement pour ne pas subir sa hargne. Rapidement, une protection en hauteur peut être salutaire.
Au bord des rivières les dangers semblent moins présents. Et pourtant ils existent. La nature du sol, des berges, peut vous emporter dans le lit du cours d’eau. Mais il y a aussi les oiseaux dont certains sont redoutables.
L’attaque d’une buse peut surprendre un pêcheur ou tout être humain. Cet oiseau rapace est stupide et peut vous confondre à une proie. Il ne s’apprivoise pas, donc il est dangereux. Mais il n’est pas le seul.
Chaque animal de la nature reste sauvage et il faut respecter cet état. Il chasse pour survivre. Le long des canaux, et autres cours d’eau les canards, hérons, grues seront dans leur domaine. On peut les voir par leur nombre mais s’éloignent si vous les approchez.
Le cygne majestueux peut accrocher le regard mais il reste néanmoins redoutable si vous l’excitez. Nicolas a appris que cet oiseau blanc de grande taille est le symbole de la fidélité car il reste avec sa compagne toute sa vie.
Pas timide il peut devenir belliqueux. C’est ainsi qu’un jour Nicolas qui s’installait pour pêcher au bord d’un étang vit arriver rapidement vers lui un gros mâle, cou en arrière dans une position d’attaque. Assis il ne comprenait pas car il ne faisait aucun geste. L’animal s’arrêta devant lui et se dressant lui infligea un soufflet douloureux avec ses ailes.
Surpris par cet
assaut notre colporteur se leva et partit en hâte de l’endroit. Aussitôt le
cygne repris sa position habituelle naturelle. Effectivement Nicolas, sans s’en
rendre compte, s’était placé près du nid où se trouvaient trois poussins.
Le calme revenu par un respect mutuel, ce serait bien si les hommes pouvaient, entre eux, agir de même. Vaste programme dont le début est l’éducation. Par ses différents voyages notre colporteur propageait sa sagesse acquise aux fils des années et des contacts avec le genre humain.
Il n’avait pas la vocation d’un prêtre mais transmettait son savoir vivre pour le bien de tous. C’était un sage reconnu dont la présence apportait une bénéfique quiétude.
Quant au tuberculé il rejoignit sa nichée. Bien plus tard en repassant au même endroit, mais avec un petit écart, Nicolas sut par des gens du pays que l’oiseau s’était envolé à jamais et que toute sa famille avait disparu dans un chant harmonieux. Mais il n’avait pas vu le cygne avant-coureur.
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LE CRAPAUD
Dans toutes les campagnes où Nicolas a pu passer se trouvent des cours d’eau, des mares, des étangs et aussi des marais pas toujours accueillants. Pourtant l’importance vitale de ces espaces permet à une multitude d’animaux de vivre. Que ce soit des insectes, poissons, oiseaux, mammifères, carnivores et autres espèces chaque être vivant a besoin de l’eau.
La gestion naturelle de cette harmonie est à préserver mais aussi à surveiller. L’homme par ses moyens doit être le gardien de toute cette vie qui lui permet aussi de comprendre la sienne. Chaque paysan, dans le sens noble du terme, connait cette relation avec la nature et agit au mieux pour la sauvegarder. Il y va de sa propre survie.
Nicolas sait tout çà et s’efforce de transmettre ses connaissances à toutes ses rencontres. Il est un ambassadeur de la continuité d’un savoir vivre humain pour le bien de tous. Hélas tout le monde n’est pas conscient de la conséquence d’un abandon du devoir de respect de l’environnement dans lequel il vit.
Il faut sans cesse redire, sans se lasser, les mêmes phrases de précautions élémentaires et rappeler les actions nécessaires à la conservation et à l’amélioration de notre cadre de vie.
Passant dans une campagne vallonnée mais couverte de saules longeant différents ruisseaux, Nicolas comprit que le sol serait spongieux, gras comme disent les gens du coin. Aussi marchât-il prudemment en s’efforçant de suivre le sentier herbeux qu’il empruntait.
Mais cela semblait sans fin et très sinueux. Il ne voulait pas faire marche arrière aussi il insista à poursuivre sa route. Après quelques heures il réalisa qu’il ne sortirait pas de cette vallée ce soir-là et se mit à la recherche d’un endroit acceptable pour y passer la nuit.
Ce n’était pas souvent qu’il dormait dehors mais ce jour-là, croyant prendre un raccourci, il s’était égaré et s’en voulait un peu. Habitué aux aléas de son existence il s’était depuis longtemps préparé à des situations difficiles ou inattendues.
C’était le cas aujourd’hui. Il s’installa à une place convenable avec son nécessaire de campement, sommaire mais pratique. Puis après un rapide casse-croûte il s’allongea et s’endormit aux sons de la nature qu’il aimait bien même si parfois certains d’entre eux faisaient frémir.
La nuit se passa sans difficultés. Allongé près d’un ruisseau qui alimentait une mare toute proche, Nicolas se réveilla, se releva lentement et entreprit de reprendre la route. Il rangea au mieux son barda sans trop regarder comment il le faisait, attrapa son bâton et commença à marcher.
Pourtant après un certain temps quelque chose l’intriguait. Dans son dos il sentait comme une bosse qui semblait venir de son sac. Il mit cela sur le fait qu’il avait un peu trop rapidement chargé sa hotte de colporteur et n’y prêta plus attention même si cela le gênait un peu. Habitué à transporter toutes sortes de produits et d’articles le contact du sac avec son dos était rarement en concordance.
Au bout de la vallée l’importance de la proéminence se fit davantage sentir. Puis elle se mit à bouger et à émettre un bruit insolite. Nicolas devint inquiet et commença à se poser des questions. Avait-il enfreint la règle du devoir de réserve auprès de son créateur en dormant dans un lieu peut-être défendu ?
Avait-il emporté un rat ou une fouine en rangeant son sac. Il s’interrogeait et devant le mouvement qui devenait permanent dans son dos décida de faire une halte à l’orée du bois tout proche.
Là il posa la hotte et réfléchit au moyen de l’ouvrir sans conséquence pour lui mais aussi pour sa marchandise. Il y avait de tout, des dentelles, couteaux, briquets, images et autres petits objets sans grande valeur mais qui lui permettaient de vivre car il en prenait soin.
Il imagina alors d’attacher la corde, qu’il avait dans la musette portée devant lui, à un crochet pour tirer sur l’ouverture du grand cabas dorsal. Ce qu’il fit avec précaution en reculant le plus loin possible.
Puis d’un geste calculé, ni trop sec, ni trop lent, il ouvrit le dessus de la hotte. Soudain sortit un énorme crapaud sonneur à ventre jaune, presque aussi gros qu’une poule, qui fit tomber en arrière Nicolas de stupeur. L’animal regarda le colporteur, coassa vigoureusement et ses yeux globuleux fixaient l’homme comme pour un reproche.
Dans des sauts inattendus de puissance il disparut rapidement vers le marécage. La bête avait sûrement profité du sommeil de l’homme pour trouver un asile dans la hotte. Toujours assis après cette frayeur, Nicolas revint sur terre, remballa cette fois précautionneusement son attirail qui n’avait pas trop souffert de ce corps étranger et se dépêcha de poursuivre son chemin.
Mais bien des années plus tard il pensait parfois encore à cette monstrueuse bestiole et à son regard haineux. Depuis ce temps-là il ne mangea plus de cuisses de grenouilles.
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LE COMMUNIANT
La tradition chrétienne du pays faisait que des cérémonies régulières s’effectuaient et permettaient de se repérer dans l’année. Périodes incontournables tout le monde, ou presque, respectait ces usages. Chaque saison avait sa célébration.
S’y ajoutaient les mariages, baptêmes et offices pour un deuil. Personne ne se soustrayait aux fêtes de Pâques et de Noël. S‘intercalaient les processions, les hommages et vénérations aux saints. La foi religieuse guidait les citoyens de toutes conditions.
Nicolas, croyant lui-même, ne manquait jamais une occasion de montrer son respect des pratiques spirituelles. Il était même souvent demandé lors des unions, onctions et enterrements. Sa présence confortait les participants qui voyaient en lui un homme sage, plein d’expériences diverses honorables, et accompli aux coutumes convenables et décentes.
C’était une présence familière nécessaire à l’harmonie de la circonstance. Sans être un saint il inspirait cependant une forme de sérénité bienveillante. Nicolas raconta l’histoire suivante :
En passant dans un village situé près d’une rivière sinueuse, ce qui avait eu pour effet de voir les habitations souvent très proches les unes des autres, il lui fut demandé de rester quelques jours pour la célébration de la communion solennelle.
Le village était florissant par toutes ses activités agricoles, artisanales et c’était les débuts de l’ère industrielle. Les familles qui avaient des enfants âgés d’environ douze ans se devaient de participer à cette cérémonie. Les jeunes savaient qu’ils seraient ce jour-là bénis tant par le prêtre que par leurs proches. Ils n’ignoraient pas non plus que cette journée serait pour eux un tournant dans leur vie.
Les parents et toute la dynastie avaient des égards en les soignant au mieux dans leur habillement, les garçons en costume souvent pour la première fois, avec une cravate sur une chemise blanche et en leur offrant un brassard éclatant, en robe blanche avec une coiffe pour les filles, sans oublier un beau missel et un chapelet pour l’évènement.
C’était un passage important dans leur enfance. Certains d’entre eux garderont toute leur existence ces objets par respect ou nostalgie de leur jeunesse. Lors de la procession pour aller à l’église ils devaient tous tenir un long cierge immaculé dans une main gantée blanche.
Symbole de la lumière chrétienne qui veille sur les humains il restait dans la famille après la communion et devait être rallumé aux occasions importantes de la vie avec la confirmation, le mariage mais aussi les funérailles.
A cet effet des parents d’un jeune garçon en âge de faire cette première communion se mobilisèrent pour lui fournir plus que le nécessaire. L’enfant qui allait devenir un jeune homme par ce sacrement devait être parfait pour ce jour-là. S’étalait aussi une fierté avec un peu de suffisance dans la tenue du jour pour rivaliser avec les autres participants.
Tout fut réglé au mieux et la célébration arriva. Il fallait être prêt pour le cortège et ne pas rater l’heure du lieu de rassemblement. Le communiant qui s’appelait Jacques était un peu fébrile et ses parents de même. Enfin habillé, coiffé, chaussures noires cirées, revêtu du brassard, le livre saint et le chapelet dans la main gauche gantée il ne manquait plus que le cierge. Il sortit de la maison et attendit.
Par un malheureux faux pas le père en franchissant le seuil se tordit la cheville et se retrouva à genoux. A cause de cette circonstance il lâcha la longue bougie qui se fracassa au sol. Tout le monde était anéanti ! Comment faire pour continuer ? Chacune des personnes présentes se mit à chercher une solution.
La procession commença avec Jacques car son oncle, homme futé, eut une idée qui fut vite mise en application. Il avait dans sa menuiserie des tourillons en hêtre déjà peints en blanc. Il maquilla au mieux les extrémités, fora la partie supérieure et il fixa une mèche pour l’illusion.
Tout alla pour le mieux, personne ne se douta du stratagème. Sauf que même allumée la flamme ne dura que quelques instants. Certains y virent un signe de dénégation, d’autres furent surpris et quelques-uns comprirent l’artifice. Toujours est-il que Jacques fit sa première communion comme les autres et c’était là l’essentiel.
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