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TEXTE du mois

 

 Extrait du livre
Nicolas le colporteur 

 

LE COMMUNIANT

 

La tradition chrétienne du pays faisait que des cérémonies régulières s’effectuaient et permettaient de se repérer dans l’année. Périodes incontournables tout le monde, ou presque, respectait ces usages. Chaque saison avait sa célébration. 

S’y ajoutaient les mariages, baptêmes et offices pour un deuil. Personne ne se soustrayait aux fêtes de Pâques et de Noël. S‘intercalaient les processions, les hommages et vénérations aux saints. La foi religieuse guidait les citoyens de toutes conditions.

Nicolas, croyant lui-même, ne manquait jamais une occasion de montrer son respect des pratiques spirituelles. Il était même souvent demandé lors des unions, onctions et enterrements. Sa présence confortait les participants qui voyaient en lui un homme sage, plein d’expériences diverses honorables, et accompli aux coutumes convenables et décentes. 

C’était une présence familière nécessaire à l’harmonie de la circonstance. Sans être un saint il inspirait cependant une forme de sérénité bienveillante. Nicolas raconta l’histoire suivante :

En passant dans un village situé près d’une rivière sinueuse, ce qui avait eu pour effet de voir les habitations souvent très proches les unes des autres, il lui fut demandé de rester quelques jours pour la célébration de la communion solennelle. 

Le village était florissant par toutes ses activités agricoles, artisanales et c’était les débuts de l’ère industrielle. Les familles qui avaient des enfants âgés d’environ douze ans se devaient de participer à cette cérémonie. Les jeunes savaient qu’ils seraient ce jour-là bénis tant par le prêtre que par leurs proches. Ils n’ignoraient pas non plus que cette journée serait pour eux un tournant dans leur vie. 

Les parents et toute la dynastie avaient des égards en les soignant au mieux dans leur habillement, les garçons en costume souvent pour la première fois, avec une cravate sur une chemise blanche et en leur offrant un brassard éclatant, en robe blanche avec une coiffe pour les filles, sans oublier un beau missel et un chapelet pour l’évènement.

C’était un passage important dans leur enfance. Certains d’entre eux garderont toute leur existence ces objets par respect ou nostalgie de leur jeunesse. Lors de la procession pour aller à l’église ils devaient tous tenir un long cierge immaculé dans une main gantée blanche. 

Symbole de la lumière chrétienne qui veille sur les humains il restait dans la famille après la communion et devait être rallumé aux occasions importantes de la vie avec la confirmation, le mariage mais aussi les funérailles.

A cet effet des parents d’un jeune garçon en âge de faire cette première communion se mobilisèrent pour lui fournir plus que le nécessaire. L’enfant qui allait devenir un jeune homme par ce sacrement devait être parfait pour ce jour-là. S’étalait aussi une fierté avec un peu de suffisance dans la tenue du jour pour rivaliser avec les autres participants.

Tout fut réglé au mieux et la célébration arriva. Il fallait être prêt pour le cortège et ne pas rater l’heure du lieu de rassemblement. Le communiant qui s’appelait Jacques était un peu fébrile et ses parents de même. Enfin habillé, coiffé, chaussures noires cirées, revêtu du brassard, le livre saint et le chapelet dans la main gauche gantée il ne manquait plus que le cierge. Il sortit de la maison et attendit. 

Par un malheureux faux pas le père en franchissant le seuil se tordit la cheville et se retrouva à genoux. A cause de cette circonstance il lâcha la longue bougie qui se fracassa au sol. Tout le monde était anéanti ! Comment faire pour continuer ? Chacune des personnes présentes se mit à chercher une solution.

La procession commença avec Jacques car son oncle, homme futé, eut une idée qui fut vite mise en application. Il avait dans sa menuiserie des tourillons en hêtre déjà peints en blanc. Il maquilla au mieux les extrémités, fora la partie supérieure et il fixa une mèche pour l’illusion. 

Tout alla pour le mieux, personne ne se douta du stratagème. Sauf que même allumée la flamme ne dura que quelques instants. Certains y virent un signe de dénégation, d’autres furent surpris et quelques-uns comprirent l’artifice. Toujours est-il que Jacques fit sa première communion comme les autres et c’était là l’essentiel.

 

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LE COLPORTEUR

 

Dans la profession de colporteur, comme dans toutes les autres, existe une minorité de personnes n’ayant rien à y faire, soit par incompétence, soit par désir excessif du profit au-delà du service à rendre. Nicolas jusqu’à ce jour n’avait qu’à se louer de ses relations avec ses confrères. 

Ceux-ci participaient également à maintenir les échanges pour et par le respect habituel dans la corporation. Personne n’empiétait sur le terrain de l’autre mais parfois ils pouvaient se retrouver dans une commune pour vendre des produits différents ou pour le bénéfice de chacun. La loyauté était permanente dans une courtoisie respective.

Le colporteur est un démarcheur, brocanteur ou sauveteur, mais toujours à l’écoute de la demande dans l’air du temps ou occasionnellement vendeur d’articles insolites ou peu communs. Dans sa hotte, appelée aussi balle (en bois), ses marchandises étaient très diverses. 

Il proposait du tissu, du linge, des rubans et des toiles avec de la mercerie mais aussi des images de toutes sortes dont celles d’Épinal, des cahiers et matériel d’écolier, et au gré des requêtes des onguents, potions, pommades et articles de soins corporels. Selon la période de l’année il distribuait des jouets, des sujets religieux ou de la coutellerie lorsqu’il savait qu’une foire avait lieu sur son trajet.

C’était un métier difficile, à risques, très aléatoire quant aux revenus financiers. Certains clients payaient quelquefois en nature par une poule, lapin ou autre animal. Dans ces cas-là Nicolas s’empressait de revendre la bête ne pouvant s’encombrer de celle-ci. 

Tout colporteur était censé savoir lire et écrire et être déclaré. Peu d’entre eux étaient dans ce cas pour éviter un contrôle et payer la taxe professionnelle. L’activité était organisée de façon à répartir au mieux les territoires pour une harmonie de vente sans exclusivité.

Au cours de l’une de ses tournées Nicolas entendit parler d’un cambriolage qui avait eu lieu peu de temps après son passage dans un village. Les on-dit, ragots, calomnies et médisances étaient quelquefois attribués aux colporteurs ou nomades de toutes sortes. 

C’était un moyen de responsabiliser quelqu’un qui n’était pas du pays et de lui affecter méfaits et forfaits. La source de ces racontars provenait souvent du réel fautif du délit. Ainsi cette personne écartait les éventuels soupçons pouvant lui être imputés.

L’exaction constatée par la maréchaussée il fallait trouver le coupable. Une ferme avait été visitée et dévastée pendant l’absence du paysan et de sa famille partis au champ pour la moisson. Avaient été volés les objets ayant un peu de valeur comme les chandeliers, la pendule, les modestes bijoux, et même les chenets de la cheminée. 

Mais tout avait été chamboulé dans le logement, le ou les intrus cherchaient peut être l’argent, les pièces d’or ou les Louis. Craintif le paysan n’avait rien laissé d’exceptionnel dans les pièces où vivait toute la communauté.

Le désordre fut constaté par les gendarmes et une petite liste fut établie. Allant de communes en communes à cheval ceux-ci firent le tour des villages proches par prévention et avertissement à la population. Tous les commerçants itinérants furent inquiétés et fouillés. Nicolas n’échappa pas à cette confrontation. 

Après avoir vidé sa hotte, sa musette et ses poches, il fut libéré de cette obligation et reçu un sauf-conduit pour éviter un second désagrément. Bien sûr il pouvait très bien avoir caché le butin ou avoir un receleur, mais c’est avec l’esprit tranquille qu’il repartit continuer sa tournée.

Ce n’est que bien des mois après qu’il apprit que l’affaire avait été élucidée. Le paysan avait manigancé, avec son commis, le cambriolage afin de ne pas faire profiter sa famille du « trésor » dissimulé dans la charpente de la ferme. Mais le valet, oublié par le maître, alla raconter sa mésaventure à la servante du curé qui ne savait pas tenir sa langue.

Évidemment peu de temps après l’autorité publique sut également qu’elle avait été mystifiée et réagit avec fermeté. Le paysan accusé d’affront envers l’administration fut condamné à une amende importante et à une astreinte légale de demeurer sur le territoire pendant au moins une année. Cette dernière sentence dans l’esprit de le montrer aux villageois en exemple.

Nicolas qui connaissait l’homme ne fut pas trop surpris. Il continua malgré tout à aller le voir et à traiter avec lui quelques menues affaires. Après tout, l’avarice est peut-être un défaut mais qui n’en a pas un !

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LE DRÔLE DE CHIEN

  

Nicolas a raconté qu’un jour en traversant une épaisse forêt dans laquelle se trouvait une clairière avec au milieu un hameau, il y rencontra un bûcheron. S’étant arrêté pour faire son commerce plusieurs badauds s’approchèrent de lui et il put céder à vil prix quelques babioles.

Puis il se mit à parler de tout et de rien avec l’homme des bois. Celui-ci semblait rustre, sale et peu attirant. Ses réponses à Nicolas se résumaient souvent à des grognements mais aussi quelquefois à de longs discours sur sa vie forestière dans cette région appelée « Ardenne ». Pas de geste inutile dans sa façon de s’exprimer. Il avait l’habitude de maitriser ses mouvements de par sa profession.

Simon l’abatteur, il s’appelait ainsi, était pourtant instruit ce qui semblait un paradoxe, mais sa condition quotidienne ne l’engageait pas à une présentation physique des plus aimables. Néanmoins avec patience, comme tout colporteur doit en avoir, Nicolas puisa auprès de lui une lueur de bonté qui le surprit lui-même. 

Comment un être aussi fort, rugueux d’apparence, peu avenant, pouvait il apporter un rai de lumière, d’esprit, d’évasion ?

De plus Simon ne vivait pas seul dans sa cabane. Il était accompagné de deux chiens de races différentes : un épagneul et un colley. Chaque animal, de même taille, avait pourtant une robe particulière : l’un tout brun-fauve clair, l’autre noir et blanc jusqu’au museau. Ils étaient magnifiques.

Ces deux compagnons paraissaient assez jeunes et soumis à leur maître. Simon les soignait bien et ils obéissaient immédiatement à un ordre. Dans la forêt leur présence rendait bien des services, ne serait-ce que par leur réaction vis-à-vis d’un danger, comme le loup, le sanglier ou même l’intrus humain.

Curieusement Simon avait appelé ses deux chiens : Tohu et Bohu, allez savoir pourquoi. C’était peut- être facile à retenir ou cela lui rappelait-il un souvenir de sa vie d’autrefois qui semblait avoir été plus agitée. Nicolas respecta son silence à ce sujet et les deux hommes se saluèrent à leur départ.

Quelques mois après, Nicolas traversa à nouveau la région et il souhaita revoir Simon. Dès son arrivée le bucheron était là, comme s’il savait qu’il reviendrait. Ils comprirent tous les deux que la rencontre n’était pas fortuite et qu’une intervention extérieure les avait réunis. 

Simon invita Nicolas chez lui pour un frugal repas. Mis en confiance il parla de sa vie antérieure qu’il ne regrettait pas. Pourtant il restait discret sur une partie de celle-ci.

Il n’avait que rarement de la visite et lui-même ne sortait de sa forêt que pour vendre son savoir-faire. Après quelques instants, Nicolas demanda à voir les deux chiens qu’il avait trouvés superbes. Simon appela et là, surprise, un seul chien apparu. 

Ce n’était ni Tohu ni Bohu mais un croisement des deux. L’animal avait un pelage ras avec une robe bigarrée sable, blanche et noire. Toujours aussi à l’écoute de Simon il s’allongea à ses pieds. Il était majestueux.

Il répondait aux deux noms qui étaient les mêmes qu’autrefois et c’est ce qui surprenait car ensemble il ne faisait plus qu’un. Les deux précédents chiens étaient deux mâles, donc le nouveau Tohu Bohu ne pouvait être de leur rencontre.

Bien plus tard Nicolas compris que Simon n’était pas une personne quelconque mais un être exceptionnel venu, on ne sut jamais d’où, vivre en ermite pour sa sérénité. Ses chiens étaient sûrement bien plus que des compagnons et leur transformation ressemblait à un prodige. 

Jamais le bûcheron n’expliqua cette osmose même après plusieurs rencontres entre les deux hommes. Et puis un jour en voulant revoir Simon, le colporteur trouva sa cabane vide et abandonnée. Les habitants du hameau, pourtant tout proche, ne surent le renseigner sur cette disparition.

En racontant cet épisode de sa vie Nicolas en resta longuement sans voix, ce qui chez lui, nom d’un chien, était exceptionnel.

 
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Il lisait l'extrait de la semaine

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