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                                                       SEPTEMBRE 2026
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L'automne montre son commencement et c'est bien. Après un été difficile tant pour la nature que l'humain, respirer plus à l'aise aide à repartir et à se préparer à finir l'année.
 Le dernier trimestre est toujours chargé, complet et plein de vie.
 
 
les premières feuilles de l'automne se colorent avant de disparaitre.
 

 Les enfants retournent à l'école
 
et aident leurs parents
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TEXTE du mois

 

 Extrait du livre
Nicolas le colporteur   
 
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LE SALTIMBANQUE

 

Nomade, Nicolas n’était pas le seul à parcourir le pays. Il y avait d’autres colporteurs mais ils se respectaient et chacun avait une clientèle différente par l’offre diverse proposée. Quelquefois cependant des frictions pouvaient arriver, certains d’entre eux passaient juste avant d’autres dans les villages et les suivants ne vendaient presque plus rien. 

Il fallait alors se concerter et dans la plupart des cas une courtoisie s’installait pour que tout le monde vive de son travail. Cette considération était toujours sujette au bon vouloir de chacun mais la dureté du métier faisait que l’estime de l’autre était de la tolérance polie.

Pourtant un affrontement avait lieu parfois avec d’autres itinérants : les saltimbanques. Ceux-ci étaient avant tout des artistes ambulants et faisaient du spectacle de rue. Lorsqu’ils arrivaient dans un village, ils s’annonçaient par le roulement d’un tambour ou le son d’une trompette, parfois aussi par le crieur du village, lequel avait reçu une petite pièce pour le faire. 

Leurs prestations, bien que différentes de celles des colporteurs, empiétaient parfois sur celles de Nicolas et de ses confrères et apportaient quelquefois de vaines querelles. Tout le monde recherchait de l’argent simplement pour vivre et parfois survivre.

Arrivant dans un village où il pensait faire quelques affaires, notre colporteur fut étonné de voir qu’il avait été devancé. Sur la place près de la mairie un groupe de bohémiens s’était installé et faisait déjà son attraction, ce qui était normal, et deux femmes tournaient autour des badauds pour demander une aumône. 

Les villageois les ignoraient car elles avaient mauvaise réputation. Ils les soupçonnaient de chapardage indélicat et se contentaient de regarder le spectacle même s’il était donné pour attirer l’attention par l’amusement.

Nicolas avait déjà rencontré cette troupe et comme tout le monde s’en méfiait. Il connaissait le chef du groupe, un homme âgé, avec lequel quelque accommodement avait été formulé. D’ailleurs l’apercevant le doyen se rapprocha de lui, délaissant ses compagnons qui œuvraient sans sa présence. 

Ils se saluèrent et le colporteur entreprit de lui demander pour quelle raison ils étaient là alors qu’ils avaient convenu de ne plus empiéter leurs prestations l’une sur l’autre. Gêné, l’ainé lui avoua que l’une des femmes du groupe avait été malade et qu’ils avaient en conséquence retardé et décalé leur périple.

Un peu incrédule, Nicolas accepta cependant l’explication. Il attendit la fin de la représentation pour s’établir à son tour devant l’église toute proche. Habituellement les saltimbanques ne donnaient qu’une seule représentation de leur spectacle et partaient dès la fin de celui-ci vers un autre village. 

Ce fut le cas ce jour-là. Nicolas les vit ranger leurs affaires dans la roulotte et s’éloigner rapidement des lieux. Peut-être même un peu trop vite, ce qui l’inquiéta. Mais après tout ils avaient du temps à rattraper dans leur tournée suite à l’affection de la femme du romanichel. 

Ce n’est que vers la soirée qu’il vit arriver vers lui un grand gaillard qui lui annonça être le responsable de la commune et qui le pria de le suivre avec tout son barda à la mairie. En y entrant Nicolas aperçut le garde-champêtre, lui aussi un homme imposant. 

A peine entré il remarqua le ton grave, sérieux des deux hommes qui le prièrent de poser sa hotte et sa musette et de les vider sur une table. Après un moment de stupeur et un geste de recul, il fit ce qu’on lui demandait sans réticence car sûr de lui et de son intégrité. Il vida même les poches de ses vêtements par scrupule.

Après un contrôle approfondi de l’étalage, les deux agents municipaux comprirent qu’ils avaient fait erreur, s’excusèrent et s’expliquèrent. Pendant la représentation des saltimbanques et devant l’euphorie et l’exaltation ambiantes, un maquignon s’était aperçu ensuite, après le spectacle et le départ des baladins, que son sac contenant des pièces d’or, et qu’il portait à sa ceinture avait disparu. 

Il venait d’encaisser la vente d’animaux de sa ferme et la coutume locale faisait que l’on payait son dû de cette façon, en espèces, en l’occurrence des Louis.

L’affaire devait en rester là mais quelques mois plus tard, Nicolas revint à passer dans le village où cette fois il fut le seul sur la place à bonimenter. Sa réputation d’homme honnête s’était propagée et ses opérations furent très correctes. Pourtant il vit à nouveau venir vers lui le bourgmestre qui le pria de le suivre encore une fois à la mairie. 

Et arrivé il fut invité à partager le vin du pays. Le garde-champêtre avait continué ses recherches et le sac, retrouvé dans l’église, contenait toujours ses pièces, sauf une. Un jour en discutant avec lui, le curé lui signala avoir trouvé dans un tronc une pièce d’or de grande valeur.

Le voleur s’était-il repenti ? Avait-il eu mauvaise conscience de son geste ? On ne le sut jamais. Le sac fut rendu à son propriétaire qui ignora ce qu’était devenu le Louis manquant qui resta au clergé. Curieusement la troupe de saltimbanques ne repassa jamais dans le village et on ne sut jamais qui fut l’auteur du larcin.

 

 
 
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LE REGARD

 

Nicolas passait d’un pays à l’autre, d’une commune à l’autre, achetait, vendait, colportait toutes sortes de produits à condition que ce ne soit pas trop lourd et aisément vendable. En traversant les villages il pouvait admirer les lieux. Soit les paysages aux alentours soit le bourg lui-même. 

L’architecture l’intéressait comme tout ce qu’il voyait. Chaque région a son style et selon la géographie les constructions pouvaient être très différentes. Il aimait bien l’Alsace et ses maisons à colombages que les habitants entretenaient avec le respect des traditions. Dans les autres terroirs aussi mais c’était moins typique.

Notre colporteur avait beaucoup de qualités. Dans son bagage se trouvait un carnet de feuilles blanches épaisses et plusieurs crayons ainsi que d’autres accessoires destinés à effectuer des dessins. A chaque occasion intéressante Nicolas s’arrêtait et sortait son matériel d’artiste, car c’en était un. 

Il recherchait un endroit pour s’asseoir et on pouvait le voir griffonner. Curieusement les passants, qu’ils soient enfants ou adultes, prenaient le temps de regarder son croquis et bavardaient, ce qu’aimait bien Nicolas.

Il repérait les paysages comme les chaumières campagnardes ou les fiers châteaux ainsi que les grosses maisons bourgeoises pourvu qu’elles aient un véritable intérêt. Pour lui c’était un véritable plaisir de reporter sur le papier, au mieux, ce qu’il voyait. 

Et parfois, lors du retour à son domicile, il colorait certaines de ses ébauches. Cela faisait qu’il possédait une véritable collection de vues diverses qu’il datait au dos en précisant le lieu représenté.

C’est cette accumulation d’esquisses qui lui fit une renommée car à son époque la transmission de vues était rare et les livres, chers, étaient l’apanage des personnes instruites sachant lire et vivant dans un milieu aisé. Instinctivement Nicolas faisait connaitre le monde par son talent d’artiste même modeste. 

Beaucoup de ses acheteurs le remercièrent pour cette diffusion par l’image de régions, pays ou parfois aussi de villages voisins, qu’ils ne connaissaient pas ou mal. Cela lui faisait plaisir de partager, souvent sans retour souhaité.

Les représentations les plus demandées concernaient les églises dont les cathédrales, ce qui faisait rêver, les castels plus ou moins féodaux, les forteresses imposantes, les belles villas de maitres bien avant les paysages même les plus beaux. Parfois aussi quelques portraits pouvaient se voir mais Nicolas hésitait souvent à les faire car la difficulté consistait à rendre ressemblant la personne  ayant pris la pose. Il craignait le refus par manque de vérité.

A l’occasion de l’une de ses virées il s’arrêta dans un bourg où une superbe fontaine attira son regard et où il put également s’abreuver. C’était au centre de la petite commune et il faisait chaud. Il sortit de sa musette de quoi manger puis il recula un peu pour croquer une pomme et la fontaine sur son carnet toujours prêt à l’usage.

Le sujet était très intéressant et il prit quelques temps pour affiner son œuvre et bien arriver à reporter l’ovale du rebord de la réserve d’eau. Le jet tombant était plus difficile à reproduire mais au bout de quelques moments il regarda le résultat et eut un assentiment d’un mouvement de tête. 

Les badauds étaient partis à cause de la chaleur de l’été mais curieusement Nicolas sentait sur lui un regard fixe et hautain. Il se retourna et ne vit rien. Continuant son activité il se sentait gêné en permanence. La fontaine était peut-être dédiée à un saint qui ne voulait pas se voir difforme, estropié ou mal évoqué. Ou c’était lui, Nicolas, qui ce jour-là, n’arrivait pas à sentir l’esprit du lieu s’il y en avait un. Toujours est-il qu’il cessa de tracer son étude et rangea tout son matériel.

Ce n’est qu’en se relevant qu’il comprit la cause de son malaise. Comme il tournait le dos à une grosse maison typique régionale, il n’avait pas remarqué la toiture. Celle-ci en pente raide avait des tuiles posées en arrondi sur les deux petites fenêtres du grenier et on pouvait imaginer que deux grands yeux vous épiaient. 

C’était peut-être le cas, allez savoir, Nicolas sourit, reprit toutes ses affaires et partit vers l’auberge la plus proche pour se désaltérer et proposer ses articles, à l’abri, non du regard mais de la canicule.

 
 
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LE REBOUTEUX

 

Nicolas était un bon marcheur. Par ses déplacements il allait de village en village d’un pas régulier, bien cadencé en contrôlant sa respiration. C’est un adepte, inconsciemment, de la ténacité physique qui privilégie l’endurance à la performance. Bien que parfois ses trajets peuvent s’apparenter à de véritables épreuves sportives. Et cela par tous les temps. 

Mais c’est aussi un homme et par là même subissait quelquefois les inconvénients de sa nature et de sa profession. Solide et courageux Nicolas pouvait être touché par un imprévu qui aurait pu le laisser en dehors du cercle des colporteurs.

Aussi il s’était fait, au fur et à mesure des années, quelques connaissances dans le milieu des gens qui guérissent. Fréquemment ces rebouteux exerçaient un vrai métier comme agriculteur, cantonnier, vigneron ou autre activité. Ils donnaient de leur temps, souvent bénévolement, à la communauté villageoise. 

Pour ces hommes, essentiellement croyants, leur don venait de Dieu. Ils se faisaient rarement payer mais pouvaient accepter un service de réciprocité ou des produits alimentaires comme le beurre, la bière, une volaille ou un lapin, surtout pendant les périodes de disette.

Le rebouteux travaille manuellement. Il remet en place des articulations démises, une vertèbre déplacée suite à de gros travaux, ou à un accident, et réduit une fracture. Son adresse naturelle est recherchée et complète parfois le travail d’un médecin traditionnel. 

Il peut également s’allier avec un passeur de feu qui, lui, saura soigner les brûlures. Ces deux activités sont parfois dénigrées par les hommes de science médicale conventionnelle mais rarement par le commun des mortels. Le naturel prend alors le pas sur l’académique.

Un jour d’automne Nicolas venait de quitter un village montagnard et descendait vers la vallée en suivant un chemin cahoteux très pierreux. En voulant passer un gué sur un torrent presque à sec en cette saison, son pied glissa, il tomba sur le côté, se releva et se mit à claudiquer. 

Sa cheville lui faisait mal. Avec le poids du sac il avait été entrainé. Bien que sûr de lui il avait ripé sur une pierre plate mousseuse qu’il croyait stable. Sur l’autre berge il vit un arbre tombé et il en profita pour s’asseoir sur le tronc afin de vérifier sa jambe.

Il constata un gonflement de celle-ci et une douleur lancinante s’installa. Avec le peu de produits qu’il avait pour les soins il ne voyait pas comment arrêter ou calmer l’élancement. Il n’osait plus marcher et il décida de camper sur place. 

On verra demain se dit-il et il s’installa au mieux le long du bois. La nuit fut difficile, la douleur restait présente. Protégé par une bâche il dormit mal avec de nombreux sursauts lorsqu’il bougeait. Au petit matin, tout vermoulu il entreprit de reprendre la route en s’appuyant sur son bâton.

Cahin-caha il arriva au village et souffla un peu avant d’aller chez le rebouteux qu’il connaissait et qui lui avait déjà acheté divers articles par le passé. Celui-ci le reconnut et le priât d’entrer immédiatement. Nicolas ne se fit pas prier et s’installa sur un banc dans la salle principale du logis. 

Ce n’était que sommaire mais le mal ne lui fit pas penser à autre chose qu’à guérir. Après un rapide examen en soulevant le bas du pantalon et en lui ôtant lentement sa chaussure le soigneur lui demanda de tremper son pied dans le liquide d’une bassine qu’il avait déposé devant lui. Nicolas obtempéra et le contact froid avec la mixture le fit un peu tressaillir mais calma l’affliction.

Au bout de quelques minutes l’homme de l’art prit le pied doucement, l’enleva de la cuvette, et l’essuya. Il dit : maintenant que c’est propre je vais travailler. Il approcha ses deux mains, puis d’un mouvement bref tordit le pied assez brutalement avant de le bander. 

Et il expliqua que la guérison se ferait rapidement en gardant le pansement quelques heures. Incrédule le colporteur se leva et fut surpris de ne plus ressentir de douleur. Effectivement dans la soirée il pouvait marcher à nouveau correctement. Conscient du don du guérisseur il fallait le remercier pour ses soins.

Il attendit le lendemain car une bonne nuit de sommeil réparateur à l’auberge s’imposait. Il prit son sac, sa hotte, paya ce qu’il devait à son hôte et se dirigea vers la maison du rebouteux. Bizarrement les volets étaient fermés. Il cogna à la porte, mais rien, pas de réponse. 

Un voisin fermier qui avait entendu les appels vint à sa rencontre et lui expliqua : la gendarmerie est venu le chercher ce matin de bonne heure. Un médecin lui faisait un procès pour exercice illégal de la médecine. Il avait bien reçu une convocation mais comme il ne savait pas lire la maréchaussée était passée par là.

Éberlué Nicolas repris la route en se promettant de repasser à l’occasion pour marquer sa gratitude envers son sauveur. Bien des mois après il apprit que le rebouteux avait gagné son affaire et que le président l’avait relaxé. 

On sut aussi que le fils de ce dernier avait été soigné et guéri des suites d’un accident domestique par cet homme simple et bon qui ne demanda pas de compensation. Ceci explique cela. Et Nicolas revit le guérisseur avec un grand plaisir. 

 

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Il lisait en roulant l'extrait de la quinzaine

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