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TEXTE du mois




 Extrait du livre
Nicolas le colporteur 
 

LE DROLE DE CHIEN

  

Nicolas a raconté qu’un jour en traversant une épaisse forêt dans laquelle se trouvait une clairière avec au milieu un hameau, il y rencontra un bûcheron. S’étant arrêté pour faire son commerce plusieurs badauds s’approchèrent de lui et il put céder à vil prix quelques babioles.

Puis il se mit à parler de tout et de rien avec l’homme des bois. Celui-ci semblait rustre, sale et peu attirant. Ses réponses à Nicolas se résumaient souvent à des grognements mais aussi quelquefois à de longs discours sur sa vie forestière dans cette région appelée « Ardenne ». Pas de geste inutile dans sa façon de s’exprimer. Il avait l’habitude de maitriser ses mouvements de par sa profession.

Simon l’abatteur, il s’appelait ainsi, était pourtant instruit ce qui semblait un paradoxe, mais sa condition quotidienne ne l’engageait pas à une présentation physique des plus aimables. Néanmoins avec patience, comme tout colporteur doit en avoir, Nicolas puisa auprès de lui une lueur de bonté qui le surprit lui-même. 

Comment un être aussi fort, rugueux d’apparence, peu avenant, pouvait il apporter un rai de lumière, d’esprit, d’évasion ?

De plus Simon ne vivait pas seul dans sa cabane. Il était accompagné de deux chiens de races différentes : un épagneul et un colley. Chaque animal, de même taille, avait pourtant une robe particulière : l’un tout brun-fauve clair, l’autre noir et blanc jusqu’au museau. Ils étaient magnifiques.

Ces deux compagnons paraissaient assez jeunes et soumis à leur maître. Simon les soignait bien et ils obéissaient immédiatement à un ordre. Dans la forêt leur présence rendait bien des services, ne serait-ce que par leur réaction vis-à-vis d’un danger, comme le loup, le sanglier ou même l’intrus humain.

Curieusement Simon avait appelé ses deux chiens : Tohu et Bohu, allez savoir pourquoi. C’était peut- être facile à retenir ou cela lui rappelait-il un souvenir de sa vie d’autrefois qui semblait avoir été plus agitée. Nicolas respecta son silence à ce sujet et les deux hommes se saluèrent à leur départ.

Quelques mois après, Nicolas traversa à nouveau la région et il souhaita revoir Simon. Dès son arrivée le bucheron était là, comme s’il savait qu’il reviendrait. Ils comprirent tous les deux que la rencontre n’était pas fortuite et qu’une intervention extérieure les avait réunis. 

Simon invita Nicolas chez lui pour un frugal repas. Mis en confiance il parla de sa vie antérieure qu’il ne regrettait pas. Pourtant il restait discret sur une partie de celle-ci.

Il n’avait que rarement de la visite et lui-même ne sortait de sa forêt que pour vendre son savoir-faire. Après quelques instants, Nicolas demanda à voir les deux chiens qu’il avait trouvés superbes. Simon appela et là, surprise, un seul chien apparu. 

Ce n’était ni Tohu ni Bohu mais un croisement des deux. L’animal avait un pelage ras avec une robe bigarrée sable, blanche et noire. Toujours aussi à l’écoute de Simon il s’allongea à ses pieds. Il était majestueux.

Il répondait aux deux noms qui étaient les mêmes qu’autrefois et c’est ce qui surprenait car ensemble il ne faisait plus qu’un. Les deux précédents chiens étaient deux mâles, donc le nouveau Tohu Bohu ne pouvait être de leur rencontre.

Bien plus tard Nicolas compris que Simon n’était pas une personne quelconque mais un être exceptionnel venu, on ne sut jamais d’où, vivre en ermite pour sa sérénité. Ses chiens étaient sûrement bien plus que des compagnons et leur transformation ressemblait à un prodige. 

Jamais le bûcheron n’expliqua cette osmose même après plusieurs rencontres entre les deux hommes. Et puis un jour en voulant revoir Simon, le colporteur trouva sa cabane vide et abandonnée. Les habitants du hameau, pourtant tout proche, ne surent le renseigner sur cette disparition.

En racontant cet épisode de sa vie Nicolas en resta longuement sans voix, ce qui chez lui, nom d’un chien, était exceptionnel.

 
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LE DENTISTE

 

Nicolas vivait durant une époque peu propice aux soins dentaires. Et comme il allait de village en village le besoin de se soigner se faisait parfois sentir. Il aurait raconté à mon aïeul une drôle d’histoire qui lui serait arrivée. Avec le temps celle-ci peut sembler farfelue ou incroyable mais il semble bien qu’elle se soit réellement passée.

Autrefois les dentistes faisaient partie des forains. Certains colporteurs effectuaient aussi ces soins ce qui n’était pas le cas de Nicolas. En réalité le mot « dentiste » était un peu approprié à tort. Les hommes qui s’appliquaient à arracher les dents vendaient en même temps des potions, mixtures diverses et tout autre produit comme des almanachs.

Souvent accompagnés pendant leur tâche par des musiciens locaux qui recevaient une obole, mais aussi par un comparse qui faisait semblant d’avoir mal, mais pas trop, avec le subterfuge d’une extraction. La musique permettait ensuite de couvrir le cri du malheureux client suivant. Le stratagème incitait les passants à se faire meurtrir dans une relative émotion.

Malgré tout certains soignants savaient vraiment travailler et ils créèrent des outils adaptés aux traitements. A cette époque pas d’anesthésie et ce qui effrayait était l’arrachage plutôt que les caries avec les rages de dents. Nicolas se retrouva un jour avec une joue gonflée et un foulard autour de sa tête. Il craignait de perdre une molaire ce qui l’aurait gêné pour manger et comme il était carnivore il s’inquiétait.

Vint le moment, après plusieurs jours, n’y tenant plus il se décida à aller voir l’arracheur du village où il venait d’arriver. Ayant trouvé l’adresse il vit arriver vers lui un vieux paysan qui se présenta en grommelant. Ils entrèrent dans la ferme envahie par les poules, les chats et les chiens. L’ayant fait s’asseoir à cheval sur un banc, l’ancien fit de même de l’autre côté. Il avait déposé entre eux une cuvette pour récupérer la dent avec le sang qui allait suivre.

Peu rassuré Nicolas se dit qu’il avait trop mal pour aller ailleurs et se résigna à écouter le conseil de l’ancêtre qui lui demanda d’ouvrir la bouche et de fermer les yeux. Ce qu’il fit, tendu, et il s’accrocha avec ses deux mains sur les rebords du banc. Une rasade d’alcool le fit grimacer mais il ne cria pas, du moins pas encore. 

Puis il sentit la présence d’un métal sur sa dent et là, angoissé, inquiet, compris que la besogne avait commencé. Puis soudain, un geste sec déracina la molaire. Surpris, Nicolas hurla en se tenant encore plus fort à son siège.

Il ouvrit les yeux et vit l’aïeul, avec une tenaille, qui lui présentait la dent ensanglantée. Celui-ci le regarda en face et satisfait de son travail lui sourit. Mais, horreur, il n’avait lui-même que deux chicots dans sa bouche et sa face réjouie déconcerta Nicolas qui se demanda aussitôt s’il lui ressemblait. Il cracha dans le récipient posé devant lui. Vint un affreux cabot qui voulut sentir le sang mais il fut repoussé par le paysan d’un geste brusque.

Après quelques instants de solitude, Nicolas revint à la réalité. Avec sa langue il sentit le creux laissé par l’extraction et s’étonna de son ampleur. Il regarda dans la cuvette et vit sa molaire qui effectivement était importante. La douleur initiale avait disparu mais une nouvelle venait de naitre. 

Il faudra plusieurs jours avant que la cicatrisation soit effective. L’arracheur avait utilisé une paire de tenailles de menuisier, pas trop grosses tout de même, pour son exécution qui malgré tout s’était faite rapidement. Après une nouvelle lampée de schnaps qui le fit encore se tordre par l’élancement, il se releva, et en titubant un peu, sortit prendre l’air devant la masure.

Le vieillard le suivait car pour lui la demande avait été satisfaite et il espérait bien une compensation. Après quelques temps et un retour à la réalité, Nicolas chercha dans sa hotte un objet pouvant convenir. Et il trouva, on ne sut jamais pourquoi il avait çà dans ses affaires, un extracteur, mais pas n’importe lequel, un de dentiste. Il en fit don au campagnard qui pour le remercier lui offrit encore un grand sourire édenté de satisfaction.

Nicolas avait bien compris le geste bienveillant de son libérateur. Mais en lui donnant un matériel adapté il avait peut-être participé à faire moins souffrir les futurs visiteurs du patriarche. Il reprit la route sans forcer, tranquillement et avec une sérénité toute relative. Bien des mois plus tard il revint dans le village. 

On lui apprit que l’ancien, qui avait été aussi forain, était décédé mais qu’un gars du coin avait repris l’arrachage des dents. Curieux Nicolas alla le voir, simplement pour le saluer, et demanda à voir l’article servant au travail d’extraction. Horreur c’était toujours la paire de tenailles et non pas l’extracteur donné par le colporteur.

Le nouvel opérateur dentaire n’avait même pas connaissance du don et personne ne retrouvât l’objet. Depuis Nicolas, même s’il avait mal, allait dans un autre village pour se faire soigner. On le comprend, même si l’eau de vie proposée était de la quetsche d’Alsace, la meilleure.

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 un extrait du livre
50 Histoires de métiers anciens
 

L’ECLUSIER 

Ce métier exercé soit par un homme soit par une femme consistait à gérer une ou plusieurs écluses. C’est une responsabilité importante. La sécurité du bon passage des bateaux doit être assurée dans la régularité et le bon droit de chacun. C’est aussi l’entretien de l’ouvrage et de ses alentours, dont le logis de fonction.

Une écluse est une construction souvent en pierre destiné à retenir l’eau d’un canal pour en abaisser ou élever le niveau. Cette manœuvre se fait par l’ouverture et la fermeture de portes situées de chaque côté d’un bassin où s’engage des péniches ou toute autre embarcation. Selon l’importance de la voie d’eau il peut y avoir deux écluses, l’une montante, l’autre descendante pour éviter une trop longue attente.

L’éclusier habite un logement, en général une maison à proximité de l’écluse. Celle-ci appartient au service de navigation régional, parfois national, et tout comme l’écluse doit être entretenue au mieux, ses habitants pouvant changer selon les roulements de personnel inhérents à la profession. 

Différents travaux sont à sa charge, comme la surveillance du bon fonctionnement des portes, des systèmes d’ouverture et de fermeture de celles-ci. Et aussi du désherbage des quais, de la propreté en général des lieux.

Certains éclusiers sont assermentés, principalement ceux travaillant sur les très importantes voies d’eaux, et peuvent sanctionner les bateliers rétifs aux respects des consignes de sécurité. Selon l’importance du canal le travail est plus ou moins dur. 

La manœuvre d’une seule écluse est plus aisée que celles de plusieurs qui demande plus de présence. Souvent un moyen de locomotion pour aller de l’une à l’autre rapidement est nécessaire pour la continuité régulière du flux d’autant que le bon fonctionnement des écluses se faisait manuellement.

L’éclusier est un garde. Son implication dans son métier doit être irréprochable. Bien souvent isolé il doit cependant répondre rapidement à tout passage de péniches ou autres bateaux. Cependant des heures seront aussi à respecter et du fait de la lenteur de la navigation les mariniers seront compréhensifs à utiliser les horaires aux mieux.

La bonne entente entre les éclusiers et les navigants est concrète. Ils se connaissent tous et les rapports sont amicaux. Se rendre service est un acte désintéressé et la confiance est de mise entre eux. Ils se rendaient de nombreux services et parfois des unions pouvaient se faire. 

Rester dans le milieu de la batellerie était bien souvent désiré. Vivre en plein air, voir de la vie saine, respirer le rythme des saisons était pour nombre de ces gens de la navigation avec tout ce qui tourne autour, une nécessité.

L’éclusier, véritable régulateur de l’écoulement du transport fluvial, sera progressivement remplacé par des systèmes électriques et électroniques avec commandes à distance. Le côté humain de la profession s’estompe avec aussi l’arrivée du tourisme sur l’eau douce. Reste pourtant une nostalgie de cette vie pleine de tempérament dans une existence de service partagé.

 

 

Alexandre était éclusier et aimait son métier. Pourtant il n’avait pas été prédestiné à l’exercer mais au cours de ses études, en architecture, il avait découvert ce monde par la connaissance théorique de la création d’un canal avec ses contraintes. 

Par la suite lors d’un intérim qu’il effectua en remplacement d’un éclusier malade qui ne pouvait plus, au moins provisoirement, rester à son poste, il fit connaissance avec la réalité et sut par une intuition qu’il allait rester dans la fonction.

Fils d’agriculteur il ne concevait pas devoir être dans une enceinte close toute la journée et le va et vient des péniches l’avait conquis. Pour lui c’était çà la vraie vie. Après quelques années la corporation le connaissait bien et savait qu’il était loyal, sérieux et compétent. 

Le seul regret qu’il avait était parfois un sentiment d’isolement. Un batelier lui proposa un jour de prendre un chiot d’une nombreuse portée qui venait d’arriver sur son bateau. C’était un braque.

Alexandre, étonné de l’offre, après un temps très court accepta l’animal. Et tous les deux apprirent à se connaitre. Le maitre s’occupait bien du chien qu’il baptisa Loco. 

La vie devint plus accomplie et tous les mariniers à chaque passage demandait des nouvelles à Alexandre, ce à quoi il répondait qu’il allait bien grâce au chien et que Loco motive. A chaque fois tout le monde riait malgré la répétition de la blague.

Un jour Alexandre chercha Loco partout et ne le trouva pas. Il ne s’inquiéta pas trop, après tout un animal garde en lui un côté sauvage, naturel, et pensa qu’il avait fugué tout simplement. Mais après plusieurs heures et la nuit tombant il s’inquiéta. 

Loco n’était pas rentré et cela l’intriguait. Ce n’est que trois jours après que le chien revint. Il avait sauté dans une péniche de passage et de là sur un quai dans la ville d’à côté où il s’était promené. Et comme c’était un bel animal on peut dire que le chien avait fait le cabot.

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