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TEXTE du mois

 

 Extrait du livre
Nicolas le colporteur   

 

 

LE DENTISTE

 

Nicolas vivait durant une époque peu propice aux soins dentaires. Et comme il allait de village en village le besoin de se soigner se faisait parfois sentir. Il aurait raconté à mon aïeul une drôle d’histoire qui lui serait arrivée. Avec le temps celle-ci peut sembler farfelue ou incroyable mais il semble bien qu’elle se soit réellement passée.

Autrefois les dentistes faisaient partie des forains. Certains colporteurs effectuaient aussi ces soins ce qui n’était pas le cas de Nicolas. En réalité le mot « dentiste » était un peu approprié à tort. 

Les hommes qui s’appliquaient à arracher les dents vendaient en même temps des potions, mixtures diverses et tout autre produit comme des almanachs.

Souvent accompagnés pendant leur tâche par des musiciens locaux qui recevaient une obole, mais aussi par un comparse qui faisait semblant d’avoir mal, mais pas trop, avec le subterfuge d’une extraction. La musique permettait ensuite de couvrir le cri du malheureux client suivant. Le stratagème incitait les passants à se faire meurtrir dans une relative émotion.

Malgré tout certains soignants savaient vraiment travailler et ils créèrent des outils adaptés aux traitements. A cette époque pas d’anesthésie et ce qui effrayait était l’arrachage plutôt que les caries avec les rages de dents. 

Nicolas se retrouva un jour avec une joue gonflée et un foulard autour de sa tête. Il craignait de perdre une molaire ce qui l’aurait gêné pour manger et comme il était carnivore il s’inquiétait.

Vint le moment, après plusieurs jours, n’y tenant plus il se décida à aller voir l’arracheur du village où il venait d’arriver. Ayant trouvé l’adresse il vit arriver vers lui un vieux paysan qui se présenta en grommelant. 

Ils entrèrent dans la ferme envahie par les poules, les chats et les chiens. L’ayant fait s’asseoir à cheval sur un banc, l’ancien fit de même de l’autre côté. Il avait déposé entre eux une cuvette pour récupérer la dent avec le sang qui allait suivre.

Peu rassuré Nicolas se dit qu’il avait trop mal pour aller ailleurs et se résigna à écouter le conseil de l’ancêtre qui lui demanda d’ouvrir la bouche et de fermer les yeux. Ce qu’il fit, tendu, et il s’accrocha avec ses deux mains sur les rebords du banc. 

Une rasade d’alcool le fit grimacer mais il ne cria pas, du moins pas encore. Puis il sentit la présence d’un métal sur sa dent et là, angoissé, inquiet, compris que la besogne avait commencé. Puis soudain, un geste sec déracina la molaire. Surpris, Nicolas hurla en se tenant encore plus fort à son siège.

Il ouvrit les yeux et vit l’aïeul, avec une tenaille, qui lui présentait la dent ensanglantée. Celui-ci le regarda en face et satisfait de son travail lui sourit. 

Mais, horreur, il n’avait lui-même que deux chicots dans sa bouche et sa face réjouie déconcerta Nicolas qui se demanda aussitôt s’il lui ressemblait. Il cracha dans le récipient posé devant lui. Vint un affreux cabot qui voulut sentir le sang mais il fut repoussé par le paysan d’un geste brusque.

Après quelques instants de solitude, Nicolas revint à la réalité. Avec sa langue il sentit le creux laissé par l’extraction et s’étonna de son ampleur. Il regarda dans la cuvette et vit sa molaire qui effectivement était importante. La douleur initiale avait disparu mais une nouvelle venait de naitre. 

Il faudra plusieurs jours avant que la cicatrisation soit effective. L’arracheur avait utilisé une paire de tenailles de menuisier, pas trop grosses tout de même, pour son exécution qui malgré tout s’était faite rapidement. Après une nouvelle lampée de schnaps qui le fit encore se tordre par l’élancement, il se releva, et en titubant un peu, sortit prendre l’air devant la masure.

Le vieillard le suivait car pour lui la demande avait été satisfaite et il espérait bien une compensation. Après quelques temps et un retour à la réalité, Nicolas chercha dans sa hotte un objet pouvant convenir. Et il trouva, on ne sut jamais pourquoi il avait çà dans ses affaires, un extracteur, mais pas n’importe lequel, un de dentiste. Il en fit don au campagnard qui pour le remercier lui offrit encore un grand sourire édenté de satisfaction.

Nicolas avait bien compris le geste bienveillant de son libérateur. Mais en lui donnant un matériel adapté il avait peut-être participé à faire moins souffrir les futurs visiteurs du patriarche. Il reprit la route sans forcer, tranquillement et avec une sérénité toute relative. Bien des mois plus tard il revint dans le village. 

On lui apprit que l’ancien, qui avait été aussi forain, était décédé mais qu’un gars du coin avait repris l’arrachage des dents. Curieux Nicolas alla le voir, simplement pour le saluer, et demanda à voir l’article servant au travail d’extraction. Horreur c’était toujours la paire de tenailles et non pas l’extracteur donné par le colporteur.

Le nouvel opérateur dentaire n’avait même pas connaissance du don et personne ne retrouvât l’objet. Depuis Nicolas, même s’il avait mal, allait dans un autre village pour se faire soigner. On le comprend, même si l’eau de vie proposée était de la quetsche d’Alsace, la meilleure.

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LE CYGNE

 

Les différents endroits que fréquente Nicolas le colporteur sont souvent semés d’embûches même si celui-ci les connait et s’efforce de les éviter. Son expérience de routard l’amène à prendre des précautions qui lui semblent élémentaires. 

Mais rien n’est jamais acquis et les habitudes de prudence peuvent parfois être oubliées. Il faut en permanence écouter, regarder la nature. Les pièges, les dangers arrivent vite et sans prévenir. Que ce soit par les arbres, le terrain, les animaux et aussi parfois par l’humain, chaque voyage demande de l’attention. C’est pour cela que Nicolas prend toujours un bâton qu’il ferre à son extrémité.

Bien sûr tous les animaux dits sauvages ne sont pas agressifs. Certains sont même craintifs. D’autres ne sortent de leurs espaces que la nuit. Il n’est pas rare de voir un lièvre s’enfuir à travers la prairie, ou un faisan s’envoler au moindre bruit. 

A l’orée des bois une famille de cervidés peut être vue mais celle-ci partira si vous allez vers elle. Plus rare une harde de sangliers peut s’énerver brusquement, principalement pour la protection des marcassins. Dangereux cet animal puissant vous charge et vous devez vous enfuir rapidement pour ne pas subir sa hargne. Rapidement, une protection en hauteur peut être salutaire.

Au bord des rivières les dangers semblent moins présents. Et pourtant ils existent. La nature du sol, des berges, peut vous emporter dans le lit du cours d’eau. Mais il y a aussi les oiseaux dont certains sont redoutables. 

L’attaque d’une buse peut surprendre un pêcheur ou tout être humain. Cet oiseau rapace est stupide et peut vous confondre à une proie. Il ne s’apprivoise pas, donc il est dangereux. Mais il n’est pas le seul.

Chaque animal de la nature reste sauvage et il faut respecter cet état. Il chasse pour survivre. Le long des canaux, et autres cours d’eau les canards, hérons, grues seront dans leur domaine. On peut les voir par leur nombre mais s’éloignent si vous les approchez. 

Le cygne majestueux peut accrocher le regard mais il reste néanmoins redoutable si vous l’excitez. Nicolas a appris que cet oiseau blanc de grande taille est le symbole de la fidélité car il reste avec sa compagne toute sa vie.

Pas timide il peut devenir belliqueux. C’est ainsi qu’un jour Nicolas qui s’installait pour pêcher au bord d’un étang vit arriver rapidement vers lui un gros mâle, cou en arrière dans une position d’attaque. Assis il ne comprenait pas car il ne faisait aucun geste. L’animal s’arrêta devant lui et se dressant lui infligea un soufflet douloureux avec ses ailes. 

Surpris par cet assaut notre colporteur se leva et partit en hâte de l’endroit. Aussitôt le cygne repris sa position habituelle naturelle. Effectivement Nicolas, sans s’en rendre compte, s’était placé près du nid où se trouvaient trois poussins. 

Le calme revenu par un respect mutuel, ce serait bien si les hommes pouvaient, entre eux, agir de même. Vaste programme dont le début est l’éducation. Par ses différents voyages notre colporteur propageait sa sagesse acquise aux fils des années et des contacts avec le genre humain. 

Il n’avait pas la vocation d’un prêtre mais transmettait son savoir vivre pour le bien de tous. C’était un sage reconnu dont la présence apportait une bénéfique quiétude.

Quant au tuberculé il rejoignit sa nichée. Bien plus tard en repassant au même endroit, mais avec un petit écart, Nicolas sut par des gens du pays que l’oiseau s’était envolé à jamais et que toute sa famille avait disparu dans un chant harmonieux. Mais il n’avait pas vu le cygne avant-coureur.

 

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LE CRAPAUD

 

Dans toutes les campagnes où Nicolas a pu passer se trouvent des cours d’eau, des mares, des étangs et aussi des marais pas toujours accueillants. Pourtant l’importance vitale de ces espaces permet à une multitude d’animaux de vivre. Que ce soit des insectes, poissons, oiseaux, mammifères, carnivores et autres espèces chaque être vivant a besoin de l’eau.

La gestion naturelle de cette harmonie est à préserver mais aussi à surveiller. L’homme par ses moyens doit être le gardien de toute cette vie qui lui permet aussi de comprendre la sienne. Chaque paysan, dans le sens noble du terme, connait cette relation avec la nature et agit au mieux pour la sauvegarder. Il y va de sa propre survie.

Nicolas sait tout çà et s’efforce de transmettre ses connaissances à toutes ses rencontres. Il est un ambassadeur de la continuité d’un savoir vivre humain pour le bien de tous. Hélas tout le monde n’est pas conscient de la conséquence d’un abandon du devoir de respect de l’environnement dans lequel il vit. 

Il faut sans cesse redire, sans se lasser, les mêmes phrases de précautions élémentaires et rappeler les actions nécessaires à la conservation et à l’amélioration de notre cadre de vie.

Passant dans une campagne vallonnée mais couverte de saules longeant différents ruisseaux, Nicolas comprit que le sol serait spongieux, gras comme disent les gens du coin. Aussi marchât-il prudemment en s’efforçant de suivre le sentier herbeux qu’il empruntait. 

Mais cela semblait sans fin et très sinueux. Il ne voulait pas faire marche arrière aussi il insista à poursuivre sa route. Après quelques heures il réalisa qu’il ne sortirait pas de cette vallée ce soir-là et se mit à la recherche d’un endroit acceptable pour y passer la nuit.

Ce n’était pas souvent qu’il dormait dehors mais ce jour-là, croyant prendre un raccourci, il s’était égaré et s’en voulait un peu. Habitué aux aléas de son existence il s’était depuis longtemps préparé à des situations difficiles ou inattendues.

C’était le cas aujourd’hui. Il s’installa à une place convenable avec son nécessaire de campement, sommaire mais pratique. Puis après un rapide casse-croûte il s’allongea et s’endormit aux sons de la nature qu’il aimait bien même si parfois certains d’entre eux faisaient frémir.

La nuit se passa sans difficultés. Allongé près d’un ruisseau qui alimentait une mare toute proche, Nicolas se réveilla, se releva lentement et entreprit de reprendre la route. Il rangea au mieux son barda sans trop regarder comment il le faisait, attrapa son bâton et commença à marcher. 

Pourtant après un certain temps quelque chose l’intriguait. Dans son dos il sentait comme une bosse qui semblait venir de son sac. Il mit cela sur le fait qu’il avait un peu trop rapidement chargé sa hotte de colporteur et n’y prêta plus attention même si cela le gênait un peu. Habitué à transporter toutes sortes de produits et d’articles le contact du sac avec son dos était rarement en concordance.

Au bout de la vallée l’importance de la proéminence se fit davantage sentir. Puis elle se mit à bouger et à émettre un bruit insolite. Nicolas devint inquiet et commença à se poser des questions. Avait-il enfreint la règle du devoir de réserve auprès de son créateur en dormant dans un lieu peut-être défendu ? 

Avait-il emporté un rat ou une fouine en rangeant son sac. Il s’interrogeait et devant le mouvement qui devenait permanent dans son dos décida de faire une halte à l’orée du bois tout proche.

Là il posa la hotte et réfléchit au moyen de l’ouvrir sans conséquence pour lui mais aussi pour sa marchandise. Il y avait de tout, des dentelles, couteaux, briquets, images et autres petits objets sans grande valeur mais qui lui permettaient de vivre car il en prenait soin. 

Il imagina alors d’attacher la corde, qu’il avait dans la musette portée devant lui, à un crochet pour tirer sur l’ouverture du grand cabas dorsal. Ce qu’il fit avec précaution en reculant le plus loin possible.

Puis d’un geste calculé, ni trop sec, ni trop lent, il ouvrit le dessus de la hotte. Soudain sortit un énorme crapaud sonneur à ventre jaune, presque aussi gros qu’une poule, qui fit tomber en arrière Nicolas de stupeur. L’animal regarda le colporteur, coassa vigoureusement et ses yeux globuleux fixaient l’homme comme pour un reproche. 

Dans des sauts inattendus de puissance il disparut rapidement vers le marécage. La bête avait sûrement profité du sommeil de l’homme pour trouver un asile dans la hotte. Toujours assis après cette frayeur, Nicolas revint sur terre, remballa cette fois précautionneusement son attirail qui n’avait pas trop souffert de ce corps étranger et se dépêcha de poursuivre son chemin.

Mais bien des années plus tard il pensait parfois encore à cette monstrueuse bestiole et à son regard haineux. Depuis ce temps-là il ne mangea plus de cuisses de grenouilles.

 

 

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