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 On va vers le bon qu'on appelle le printemps, ce sera le 20 mars. Herbert me l'a dit mais parfois il rêve.
 
crédit photo, Jean-Pierre Crépin
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Remiremont et son carnaval
_____du 26 au29 mars____ 
  
 
Tulipes de Hollande
 et les primevères les bien-nommées
 

        
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TEXTE du mois

 

 Extrait du livre
Nicolas le colporteur  

 

LE CRAPAUD

 

Dans toutes les campagnes où Nicolas a pu passer se trouvent des cours d’eau, des mares, des étangs et aussi des marais pas toujours accueillants. Pourtant l’importance vitale de ces espaces permet à une multitude d’animaux de vivre. Que ce soit des insectes, poissons, oiseaux, mammifères, carnivores et autres espèces chaque être vivant a besoin de l’eau.

La gestion naturelle de cette harmonie est à préserver mais aussi à surveiller. L’homme par ses moyens doit être le gardien de toute cette vie qui lui permet aussi de comprendre la sienne. Chaque paysan, dans le sens noble du terme, connait cette relation avec la nature et agit au mieux pour la sauvegarder. Il y va de sa propre survie.

Nicolas sait tout çà et s’efforce de transmettre ses connaissances à toutes ses rencontres. Il est un ambassadeur de la continuité d’un savoir vivre humain pour le bien de tous. Hélas tout le monde n’est pas conscient de la conséquence d’un abandon du devoir de respect de l’environnement dans lequel il vit. 

Il faut sans cesse redire, sans se lasser, les mêmes phrases de précautions élémentaires et rappeler les actions nécessaires à la conservation et à l’amélioration de notre cadre de vie.

Passant dans une campagne vallonnée mais couverte de saules longeant différents ruisseaux, Nicolas comprit que le sol serait spongieux, gras comme disent les gens du coin. Aussi marchât-il prudemment en s’efforçant de suivre le sentier herbeux qu’il empruntait. 

Mais cela semblait sans fin et très sinueux. Il ne voulait pas faire marche arrière aussi il insista à poursuivre sa route. Après quelques heures il réalisa qu’il ne sortirait pas de cette vallée ce soir-là et se mit à la recherche d’un endroit acceptable pour y passer la nuit.

Ce n’était pas souvent qu’il dormait dehors mais ce jour-là, croyant prendre un raccourci, il s’était égaré et s’en voulait un peu. Habitué aux aléas de son existence il s’était depuis longtemps préparé à des situations difficiles ou inattendues.

C’était le cas aujourd’hui. Il s’installa à une place convenable avec son nécessaire de campement, sommaire mais pratique. Puis après un rapide casse-croûte il s’allongea et s’endormit aux sons de la nature qu’il aimait bien même si parfois certains d’entre eux faisaient frémir.

La nuit se passa sans difficultés. Allongé près d’un ruisseau qui alimentait une mare toute proche, Nicolas se réveilla, se releva lentement et entreprit de reprendre la route. Il rangea au mieux son barda sans trop regarder comment il le faisait, attrapa son bâton et commença à marcher. 

Pourtant après un certain temps quelque chose l’intriguait. Dans son dos il sentait comme une bosse qui semblait venir de son sac. Il mit cela sur le fait qu’il avait un peu trop rapidement chargé sa hotte de colporteur et n’y prêta plus attention même si cela le gênait un peu. Habitué à transporter toutes sortes de produits et d’articles le contact du sac avec son dos était rarement en concordance.

Au bout de la vallée l’importance de la proéminence se fit davantage sentir. Puis elle se mit à bouger et à émettre un bruit insolite. Nicolas devint inquiet et commença à se poser des questions. Avait-il enfreint la règle du devoir de réserve auprès de son créateur en dormant dans un lieu peut-être défendu ? 

Avait-il emporté un rat ou une fouine en rangeant son sac. Il s’interrogeait et devant le mouvement qui devenait permanent dans son dos décida de faire une halte à l’orée du bois tout proche.

Là il posa la hotte et réfléchit au moyen de l’ouvrir sans conséquence pour lui mais aussi pour sa marchandise. Il y avait de tout, des dentelles, couteaux, briquets, images et autres petits objets sans grande valeur mais qui lui permettaient de vivre car il en prenait soin. 

Il imagina alors d’attacher la corde, qu’il avait dans la musette portée devant lui, à un crochet pour tirer sur l’ouverture du grand cabas dorsal. Ce qu’il fit avec précaution en reculant le plus loin possible.

Puis d’un geste calculé, ni trop sec, ni trop lent, il ouvrit le dessus de la hotte. Soudain sortit un énorme crapaud sonneur à ventre jaune, presque aussi gros qu’une poule, qui fit tomber en arrière Nicolas de stupeur. L’animal regarda le colporteur, coassa vigoureusement et ses yeux globuleux fixaient l’homme comme pour un reproche. 

Dans des sauts inattendus de puissance il disparut rapidement vers le marécage. La bête avait sûrement profité du sommeil de l’homme pour trouver un asile dans la hotte. Toujours assis après cette frayeur, Nicolas revint sur terre, remballa cette fois précautionneusement son attirail qui n’avait pas trop souffert de ce corps étranger et se dépêcha de poursuivre son chemin.

Mais bien des années plus tard il pensait parfois encore à cette monstrueuse bestiole et à son regard haineux. Depuis ce temps-là il ne mangea plus de cuisses de grenouilles.

 

 

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LE COMMUNIANT

 

La tradition chrétienne du pays faisait que des cérémonies régulières s’effectuaient et permettaient de se repérer dans l’année. Périodes incontournables tout le monde, ou presque, respectait ces usages. Chaque saison avait sa célébration. 

S’y ajoutaient les mariages, baptêmes et offices pour un deuil. Personne ne se soustrayait aux fêtes de Pâques et de Noël. S‘intercalaient les processions, les hommages et vénérations aux saints. La foi religieuse guidait les citoyens de toutes conditions.

Nicolas, croyant lui-même, ne manquait jamais une occasion de montrer son respect des pratiques spirituelles. Il était même souvent demandé lors des unions, onctions et enterrements. Sa présence confortait les participants qui voyaient en lui un homme sage, plein d’expériences diverses honorables, et accompli aux coutumes convenables et décentes. 

C’était une présence familière nécessaire à l’harmonie de la circonstance. Sans être un saint il inspirait cependant une forme de sérénité bienveillante. Nicolas raconta l’histoire suivante :

En passant dans un village situé près d’une rivière sinueuse, ce qui avait eu pour effet de voir les habitations souvent très proches les unes des autres, il lui fut demandé de rester quelques jours pour la célébration de la communion solennelle. 

Le village était florissant par toutes ses activités agricoles, artisanales et c’était les débuts de l’ère industrielle. Les familles qui avaient des enfants âgés d’environ douze ans se devaient de participer à cette cérémonie. Les jeunes savaient qu’ils seraient ce jour-là bénis tant par le prêtre que par leurs proches. Ils n’ignoraient pas non plus que cette journée serait pour eux un tournant dans leur vie. 

Les parents et toute la dynastie avaient des égards en les soignant au mieux dans leur habillement, les garçons en costume souvent pour la première fois, avec une cravate sur une chemise blanche et en leur offrant un brassard éclatant, en robe blanche avec une coiffe pour les filles, sans oublier un beau missel et un chapelet pour l’évènement.

C’était un passage important dans leur enfance. Certains d’entre eux garderont toute leur existence ces objets par respect ou nostalgie de leur jeunesse. Lors de la procession pour aller à l’église ils devaient tous tenir un long cierge immaculé dans une main gantée blanche. 

Symbole de la lumière chrétienne qui veille sur les humains il restait dans la famille après la communion et devait être rallumé aux occasions importantes de la vie avec la confirmation, le mariage mais aussi les funérailles.

A cet effet des parents d’un jeune garçon en âge de faire cette première communion se mobilisèrent pour lui fournir plus que le nécessaire. L’enfant qui allait devenir un jeune homme par ce sacrement devait être parfait pour ce jour-là. S’étalait aussi une fierté avec un peu de suffisance dans la tenue du jour pour rivaliser avec les autres participants.

Tout fut réglé au mieux et la célébration arriva. Il fallait être prêt pour le cortège et ne pas rater l’heure du lieu de rassemblement. Le communiant qui s’appelait Jacques était un peu fébrile et ses parents de même. Enfin habillé, coiffé, chaussures noires cirées, revêtu du brassard, le livre saint et le chapelet dans la main gauche gantée il ne manquait plus que le cierge. Il sortit de la maison et attendit. 

Par un malheureux faux pas le père en franchissant le seuil se tordit la cheville et se retrouva à genoux. A cause de cette circonstance il lâcha la longue bougie qui se fracassa au sol. Tout le monde était anéanti ! Comment faire pour continuer ? Chacune des personnes présentes se mit à chercher une solution.

La procession commença avec Jacques car son oncle, homme futé, eut une idée qui fut vite mise en application. Il avait dans sa menuiserie des tourillons en hêtre déjà peints en blanc. Il maquilla au mieux les extrémités, fora la partie supérieure et il fixa une mèche pour l’illusion. 

Tout alla pour le mieux, personne ne se douta du stratagème. Sauf que même allumée la flamme ne dura que quelques instants. Certains y virent un signe de dénégation, d’autres furent surpris et quelques-uns comprirent l’artifice. Toujours est-il que Jacques fit sa première communion comme les autres et c’était là l’essentiel.

 

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LE COLPORTEUR

 

Dans la profession de colporteur, comme dans toutes les autres, existe une minorité de personnes n’ayant rien à y faire, soit par incompétence, soit par désir excessif du profit au-delà du service à rendre. Nicolas jusqu’à ce jour n’avait qu’à se louer de ses relations avec ses confrères. 

Ceux-ci participaient également à maintenir les échanges pour et par le respect habituel dans la corporation. Personne n’empiétait sur le terrain de l’autre mais parfois ils pouvaient se retrouver dans une commune pour vendre des produits différents ou pour le bénéfice de chacun. La loyauté était permanente dans une courtoisie respective.

Le colporteur est un démarcheur, brocanteur ou sauveteur, mais toujours à l’écoute de la demande dans l’air du temps ou occasionnellement vendeur d’articles insolites ou peu communs. Dans sa hotte, appelée aussi balle (en bois), ses marchandises étaient très diverses. 

Il proposait du tissu, du linge, des rubans et des toiles avec de la mercerie mais aussi des images de toutes sortes dont celles d’Épinal, des cahiers et matériel d’écolier, et au gré des requêtes des onguents, potions, pommades et articles de soins corporels. Selon la période de l’année il distribuait des jouets, des sujets religieux ou de la coutellerie lorsqu’il savait qu’une foire avait lieu sur son trajet.

C’était un métier difficile, à risques, très aléatoire quant aux revenus financiers. Certains clients payaient quelquefois en nature par une poule, lapin ou autre animal. Dans ces cas-là Nicolas s’empressait de revendre la bête ne pouvant s’encombrer de celle-ci. 

Tout colporteur était censé savoir lire et écrire et être déclaré. Peu d’entre eux étaient dans ce cas pour éviter un contrôle et payer la taxe professionnelle. L’activité était organisée de façon à répartir au mieux les territoires pour une harmonie de vente sans exclusivité.

Au cours de l’une de ses tournées Nicolas entendit parler d’un cambriolage qui avait eu lieu peu de temps après son passage dans un village. Les on-dit, ragots, calomnies et médisances étaient quelquefois attribués aux colporteurs ou nomades de toutes sortes. 

C’était un moyen de responsabiliser quelqu’un qui n’était pas du pays et de lui affecter méfaits et forfaits. La source de ces racontars provenait souvent du réel fautif du délit. Ainsi cette personne écartait les éventuels soupçons pouvant lui être imputés.

L’exaction constatée par la maréchaussée il fallait trouver le coupable. Une ferme avait été visitée et dévastée pendant l’absence du paysan et de sa famille partis au champ pour la moisson. Avaient été volés les objets ayant un peu de valeur comme les chandeliers, la pendule, les modestes bijoux, et même les chenets de la cheminée. 

Mais tout avait été chamboulé dans le logement, le ou les intrus cherchaient peut être l’argent, les pièces d’or ou les Louis. Craintif le paysan n’avait rien laissé d’exceptionnel dans les pièces où vivait toute la communauté.

Le désordre fut constaté par les gendarmes et une petite liste fut établie. Allant de communes en communes à cheval ceux-ci firent le tour des villages proches par prévention et avertissement à la population. Tous les commerçants itinérants furent inquiétés et fouillés. Nicolas n’échappa pas à cette confrontation. 

Après avoir vidé sa hotte, sa musette et ses poches, il fut libéré de cette obligation et reçu un sauf-conduit pour éviter un second désagrément. Bien sûr il pouvait très bien avoir caché le butin ou avoir un receleur, mais c’est avec l’esprit tranquille qu’il repartit continuer sa tournée.

Ce n’est que bien des mois après qu’il apprit que l’affaire avait été élucidée. Le paysan avait manigancé, avec son commis, le cambriolage afin de ne pas faire profiter sa famille du « trésor » dissimulé dans la charpente de la ferme. Mais le valet, oublié par le maître, alla raconter sa mésaventure à la servante du curé qui ne savait pas tenir sa langue.

Évidemment peu de temps après l’autorité publique sut également qu’elle avait été mystifiée et réagit avec fermeté. Le paysan accusé d’affront envers l’administration fut condamné à une amende importante et à une astreinte légale de demeurer sur le territoire pendant au moins une année. Cette dernière sentence dans l’esprit de le montrer aux villageois en exemple.

Nicolas qui connaissait l’homme ne fut pas trop surpris. Il continua malgré tout à aller le voir et à traiter avec lui quelques menues affaires. Après tout, l’avarice est peut-être un défaut mais qui n’en a pas un !

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